
🏰 Annonay, cité d’histoire et de mémoire : entre foi, travail et résilience
📜 Première mention d’Annonay : “Annonacum”
La plus ancienne attestation connue du nom d’Annonay apparaît sous la forme Annonacum dans un document daté de circa 970–980.
Ce toponyme figure dans une charte de donation au profit de l’abbaye de Saint-Sauveur d’Annonay, fondée à cette époque par des moines bénédictins rattachés à l’abbaye de Saint-Chaffre du Monastier (Haute-Loire).
🕯️ « In pago Vivariensi, in villa Annonaco, ecclesiam Sancti Salvatoris »
(“Dans le pays du Vivarais, dans le village d’Annonay, l’église Saint-Sauveur…”)
📖 Source : Cartulaire de Saint-Sauveur d’Annonay, acte du Xe siècle, reproduit dans :
- Marcel Gouron et Georges de Manteyer, Recueil des chartes du Dauphiné – Cartulaires vivarois, CNRS, 1956, p. 42.
- Abbé A. Roche, Histoire d’Annonay et de sa région, 1892, chap. II.
🏛️ Étymologie du nom : “Annonacum”
Le nom Annonacum vient du latin tardif, dérivé du nom de personne Annonus ou Annon, un propriétaire gallo-romain.
Ainsi, Annonacum signifierait littéralement “le domaine d’Annon”.
Ce type de formation toponymique est typique du sud-est de la Gaule à la fin de l’Empire romain (IVᵉ–Vᵉ siècle).
Au fil des siècles, l’orthographe a évolué :
- Annonacum (Xe s.)
- Annonayum (XIIᵉ s.)
- Annonay (forme fixée au XIIIᵉ siècle)
🕍 L’abbaye Saint-Sauveur : berceau de la ville
L’abbaye bénédictine Saint-Sauveur d’Annonay est à l’origine même de la cité.
Fondée vers 970, elle devient un centre religieux et économique majeur du Vivarais médiéval.
Autour d’elle se forme un bourg monastique protégé par des murailles, où s’installent artisans, marchands et laboureurs.
Le bourg d’Annonay naît donc d’un foyer monastique – bien avant de devenir une ville commerçante, puis protestante.
Les vestiges de cette abbaye se trouvent aujourd’hui à proximité de l’actuelle place du Champ-de-Mars et du quartier Saint-Clair.
Des fouilles (XIXᵉ s.) ont permis d’identifier des murs romans correspondant à l’ancien cloître.
🌿 Une ville enracinée au cœur du Vivarais
Blottie entre les vallées de la Deûme et de la Cance, Annonay s’impose après le Moyen Âge comme la plus grande ville d’Ardèche.
Au croisement des voies marchandes reliant le Velay, la Drôme et le Rhône, elle s’est bâtie pierre après pierre autour d’un noyau fortifié, tout en restant profondément attachée à son identité : celle d’une cité libre, industrieuse et croyante.
Les documents anciens — notamment le cadastre napoléonien (vers 1810) conservé aux Archives départementales de l’Ardèche (AD07) — permettent encore aujourd’hui de visualiser son tissu urbain hérité du Moyen Âge : un entrelacs de ruelles, de ponts et de places qui racontent à elles seules des siècles d’histoire et de luttes.
⚜️ Des origines médiévales à la ville des foires
Annonay, bourg fortifié se développe sur les hauteurs, protégé par plusieurs tours, dont la Tour des Martyrs demeure l’un des rares vestiges encore visibles.
Cette tour servait initialement de défense au rempart nord et fut intégrée aux fortifications urbaines lors des troubles féodaux. Son rôle évoluera tragiquement au XVIᵉ siècle, devenant un symbole de persécution religieuse.
À partir du XIIIᵉ siècle, Annonay prospère grâce à ses foires, ses moulins sur la Deûme et à son artisanat du cuir et du papier, favorisé par l’eau abondante.
Ces atouts économiques feront d’elle une cité enviée et convoitée.
✝️ Annonay, ville protestante et martyre
Dès le milieu du XVIᵉ siècle, la Réforme s’implante solidement à Annonay.
Les grandes familles bourgeoises, comme les Roussel, Chalamet ou Béraud, se rallient à la foi réformée.
Annonay devient alors une place forte protestante dans un Vivarais majoritairement catholique, suscitant de violents affrontements.
Les Guerres de Religion (1562–1598) plongent la cité dans le chaos :
- L’église Saint-François est incendiée,
- Les maisons des fidèles sont pillées,
- Des exécutions ont lieu, notamment à proximité de la future Tour des Martyrs, où furent suppliciés plusieurs protestants annonéens.
🕯️ Cette tour, encore visible sur la montée de l’Hôpital, sera plus tard rebaptisée Tour des Martyrs en hommage aux victimes de la foi réformée.
Elle symbolise la résistance spirituelle d’une population qui refusa de renier sa croyance malgré la violence et les interdits.
Pendant plus d’un siècle, les protestants d’Annonay se réuniront clandestinement dans les vallées isolées de la Deûme ou de la Cance, là où la nature offrait refuge.
Les registres du Désert (série H-Dépôt, AD07) conservent la trace de ces assemblées secrètes : des baptêmes, mariages et prêches tenus “au bord de la rivière”.
🌉 Le Pont Valgelas : un trait d’union entre les rives et les époques
Édifié sur la Deûme, le Pont Valgelas relie depuis le XVIIIᵉ siècle le vieux bourg à ses faubourgs industriels.
Son arche de pierre, élégante et robuste, repose sur des bases médiévales.
Il symbolise à lui seul la renaissance d’Annonay après les destructions successives : celles des guerres de Religion, puis des inondations régulières qui ont marqué la vallée.
Durant la période moderne, la Deûme devient le cœur battant de l’industrie annonéenne :
- elle fait tourner les moulins à papier,
- actionne les tanneries,
- et abreuve les ateliers des familles Montgolfier et Canson.
À deux pas du pont, les cadastres anciens (Section B du cadastre napoléonien, 1810) montrent l’implantation des premières papeteries : un patrimoine industriel unique en France.
Aujourd’hui encore, le Pont Valgelas demeure un lieu de mémoire et de contemplation, rappelant les siècles de travail et d’ingéniosité qui ont forgé la cité.
🏰 La Tour des Martyrs : témoin de la foi et du feu
Véritable repère visuel dominant la ville, la Tour des Martyrs fut d’abord une tour de guet, puis une prison.
Durant les guerres de Religion, elle aurait servi de lieu de détention et d’exécution pour les protestants.
Son nom actuel, attesté dans les récits du XIXᵉ siècle et dans les bulletins de la Société des Amis du Vieux Annonay, évoque les fidèles morts pour leur foi.
Restaurée partiellement au XXᵉ siècle, elle incarne aujourd’hui l’esprit de résistance annonéen — celui d’une ville qui a survécu à la division, à la guerre et à la répression, sans jamais renier son identité.
💧 La Deûme et la Cance : les deux veines d’Annonay
Les deux rivières, la Deûme et la Cance, ont façonné le destin d’Annonay depuis des siècles.
Dès le Moyen Âge, elles alimentent moulins et forges.
Au XIXᵉ siècle, elles deviennent le moteur du développement industriel, notamment pour la papeterie et la mégisserie.
Mais ces rivières furent aussi témoins des persécutions : de nombreuses assemblées protestantes s’y tenaient, souvent la nuit, pour échapper à la surveillance royale.
Les récits des pasteurs du Désert, conservés dans les archives synodales protestantes, mentionnent “les eaux de la Deûme couvertes de cierges, lorsqu’à l’aube les fidèles s’y rassemblaient pour prier avant de se disperser”.
🏛️ La Place de l’Hôtel de Ville : symbole de renaissance
La Place de l’Hôtel de Ville, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est née de la reconstruction du centre ancien au XIXᵉ siècle.
Elle symbolise la transformation d’Annonay, passée de la cité martyre à la ville de progrès et d’invention.
C’est là que bat désormais le cœur administratif, culturel et social d’une ville autrefois fracturée.
De la Tour des Martyrs au Pont Valgelas, de la Deûme à la Cance, chaque pierre, chaque passerelle, chaque ruelle d’Annonay raconte la même histoire : celle d’un peuple ardéchois fier, croyant, travailleur et profondément attaché à sa terre.
📚 Sources et références :
- Archives départementales de l’Ardèche (AD07) :
- Série H-Dépôt (Cahiers du Désert d’Annonay, XVIIᵉ–XVIIIᵉ s.)
- Série E (Notaires d’Annonay – Étude ROUVEURE, LAMBERT, CHAPUIS)
- Cadastre napoléonien, 1810, Section B du Bourg et Valgelas
- Monographie communale d’Annonay, 1899, Institut géographique de France
- Bulletins de la Société des Amis du Vieux Annonay, 1975–2002
- Jean-Pierre Chabert, Annonay, ville protestante et industrielle, Éd. du Dauphiné, 1986
- Philippe Joutard, Histoire du protestantisme français, Fayard, 1999
L’histoire de plusieurs ancêtres passés par Annonay
Commençons par François CHOMEL, Docteur en médecine de la ville d’Annonay, il meurt le 10 février 1682 à environ 76 ans à Annonay, sont présents à son inhumation, Messire FAURIE, Chanoine de Tournon, Jean DALES, Vicaire de l’église d’Annonay.

On sait de lui qu’il avait épousé Marguerite ADAM
De leur union est née une fille Louise CHOMEL, ma sosa 2233
Louise CHOMEL a épousé par contrat de mariage, devant Me Claude MALATRET, notaire de Préaux, Jean VERCASSON, le 18 mai 1666.
Elle est dite native d’Annonay (Ardèche)




Comme vous pouvez l’apercevoir, Louise CHOMEL est instruite, elle laisse sa plus belle signature sur son contrat de mariage. A travers ce contrat de mariage, j’apprends également que son père François CHOMEL n’est pas seulement Médecin pour les Annonéens, il est aussi mentionné Médecin du Roy !
Que veux donc dire ⚜️ “Médecin du Roy” ?
Au XVIIᵉ siècle, le titre de ⚜️ “Médecin du Roy” incarnait à la fois le prestige du savoir médical et la confiance du pouvoir royal. À 🏰 Annonay, ville ardéchoise alors en plein essor, il distinguait un praticien instruit et reconnu pour sa compétence, souvent formé dans les grandes universités de Montpellier ou Lyon, et nommé par commission royale. En 1666, le docteur François CHOMEL, mentionné dans les archives vivaroises, exerçait cette charge au nom du souverain. Il veillait à la santé des habitants, intervenait lors des épidémies et conseillait les autorités consulaires, tout en incarnant la présence de l’État royal au cœur du Vivarais.
Être Médecin du Roy, c’était porter un titre de science et de loyauté, symbole d’un service rendu au peuple autant qu’à la Couronne 👑. Ces médecins, figures respectées de la cité, bénéficiaient d’un rang social élevé et d’un profond respect moral. Leur nom demeure dans les archives départementales de l’Ardèche et les documents royaux (série O1, Maison du Roi), témoignant de l’importance d’Annonay comme centre médical et intellectuel du Vivarais au Grand Siècle.
Qu’en est-il de la famille de Louise et de la vie de Louise ?

On retrouve la mention d’une sépulture d’une Louise CHOMEL décédée le 31 janvier 1691 à Annonay, âgée de 75 ans, mais est-ce bien la même, cela me parait un peu étrange qu’elle se soit mariée à 50 ans et qu’elle ait eu des enfants à partir de 50 ans …
Jean VERCASSON, son époux n’est pas n’importe qui …
Le 15 mai 1666, sa mère Marie DE LUVIGNE passe un contrat de procuration devant me Claude MALATRET, notaire de Préaux (Ardèche) avec son fils, elle est dite veuve de Blaise VERCASSON.
Jean VERCASSON est dit Docteur et Avocat , c’est son fils aîné. A cause de sa maladie lié à sa vue, Demoiselle Marie DE LUVIGNE n’a pu signer et ne sait plus signer depuis fort longtemps comme cela est mentionné sur le dit acte notarié en toute fin.



Qui sont les enfants de Jean VERCASSON et de Louise CHOMEL ?
Sieur Jean VERCASSON, notaire royal leur fils épouse le 8 février 1712 à Satillieu (Ardèche), Demoiselle Catherine BERTRAND. Lors de cet événement, il est âgé de 30 ans et elle de 24 ans, un écart d’âge courant pour l’époque, illustrant souvent la différence de maturité sociale entre les hommes et les femmes au moment du mariage.


Le 31 mai 1672 à Préaux, je découvre bien le baptême de Jean VERCASSON fils légitime de Louise CHOMEL mais cela voudrait dire qu’il avait 39 ans lors de son mariage et non 30 ans, 9 ans d’écart mais alors pourquoi ?

Louise CHOMEL passe son testament, le 23 septembre 1710 à Préaux devant Me Thomas MALATRET, que nous apprend son testament ?
Louise est mentionnée veuve de Jean VERCASSON, elle lègue à ses fils Jean, Joseph et Thomas VERCASSON ainsi qu’à Françoise VERCASSON, sa fille 800 livres chacun !
Elle désigne ensuite comme son héritière universelle Marguerite VERCASSON qui est sa fille aînée !
En effet, Marguerite a été baptisée le 24 janvier 1669 à Préaux, sa marraine n’est autre que sa grand mère Marie DE LUVIGNE.





Équivalence moderne (approximative)
Les historiens de l’économie (notamment Jean-Claude Hocquet, Jacques Dupâquier, et Jean Meuvret) estiment qu’1 livre tournois de 1710 équivaut, en pouvoir d’achat, à 20 à 25 € actuels.
➡️ 800 livres ≈ 16 000 à 20 000 € d’aujourd’hui.
Si on calcule qu’elle a légué 4*800 livres = 3200 livres au total, l’héritage monétaire légué de Louise CHOMEL s’estimait alors entre 64 000 à 80 000 € en valeur de pouvoir d’achat.



François VERCASSON fils non mentionné dans le testament de Louise CHOMEL, j’en déduis qu’il est décédé avant 1710. Il était le fils aîné, baptisé le 20 juillet 1667 à Préaux (Ardèche)

Synthèse
💰 3 200 livres tournois en 1710 équivaudraient aujourd’hui à environ 70 000 €, soit le prix d’une belle maison rurale ou plus de dix années de revenus d’un paysan.
C’était une somme patrimoniale majeure, souvent issue d’une succession, d’une vente de terre importante ou d’une dot de haut niveau.
A l’époque il fallait 4h de marche à pied depuis Annonay pour se rendre à Préaux, hameau de Lafarre où a vécu la famille de Jean VERCASSON et Louise CHOMEL.



