C comme Chatte, commune ancestrale en Isère
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octobre 29, 2025

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Loïc Duchamp

🏰 Aux origines de Chatte

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à Chatte, dans l’actuel département de l’Isère, j’ai très vite compris que ce village avait bien plus d’histoire qu’il n’y paraît.
Son nom, d’abord, m’a intrigué : « Chatte » vient de Castellum, le château fortifié. Au fil des siècles, on est passé de Casta à Chaste, puis à Chatte. Cela fait sens : la commune s’est développée autour d’un éperon rocheux dominé par un château médiéval, celui qu’on appelle aujourd’hui le Château des Pauvres.

Ce château, mentionné dès le XIᵉ siècle, fut le cœur d’une seigneurie ancienne relevant du Dauphiné. Les seigneurs de Chatte rendaient hommage aux dauphins de Viennois, avant que la province ne soit rattachée au royaume de France en 1349.
Le lieu conserve d’ailleurs une toponymie féodale : “châtelain”, “justice de Chatte”, “terrier”, “reconnaissance de rentes” tout un vocabulaire qui réapparaît dans les archives du XVIIᵉ et du début du XVIIIᵉ siècle.

En consultant les fonds de la série H des Archives de l’Isère, j’ai trouvé des traces précises : un inventaire de 1716 des titres de la seigneurie de Chatte, un registre de comparutions devant le châtelain daté de 1700, et même un bail à ferme de 1714. Ces documents confirment que, lorsque mes ancêtres vivaient ici, le système féodal était encore en place, très concret dans la vie quotidienne.


🌾 Chatte vers 1700 : la vie au temps de mes ancêtres

En me plongeant dans cette époque, j’imagine le bourg de Chatte comme une petite communauté agricole d’environ 500 habitants, dépendante de sa paroisse Saint-Vincent.
Autour de l’église, quelques familles de notables et d’artisans ; tout autour, des hameaux dispersés : La Gloriette, Le Plan, Le Serre, Les Bérards…
La terre, la vigne et les troupeaux faisaient vivre presque tout le monde. La vallée de l’Isère, fertile, offrait des cultures de blé, de chanvre et de vigne, tandis que les coteaux abritaient des vergers et des châtaigneraies.

À cette époque, le seigneur de Chatte détenait encore la justice, les banalités et les droits sur les moulins et les fours. Les habitants lui devaient des cens, des rentes, des journées de corvée. Les actes de reconnaissance de ces obligations étaient rédigés devant le châtelain ou le notaire seigneurial.
Ces registres mentionnent souvent des laboureurs, des vignerons ou des tisserands portant les noms qu’on retrouve encore dans les registres paroissiaux : Bérard, Morand, Grange, Faure, Poncet, Martin…

J’aime imaginer mes ancêtres vivant dans cette société paysanne, rythmée par les saisons et les fêtes religieuses, où chaque baptême ou mariage était l’un des rares événements rassemblant tout le village.


✒️ Les notaires et la justice locale

Les notaires de Chatte jouaient un rôle essentiel. Ils rédigeaient les contrats de mariage, les partages de biens, les baux à ferme, les reconnaissances de cens.
Les minutes notariales les plus anciennes se trouvent aux Archives départementales de l’Isère, souvent rattachées au bailliage de Saint-Marcellin, dont Chatte dépendait administrativement.

En 1702, année du mariage de mes ancêtres, il est probable qu’un contrat de mariage ait été passé devant l’un de ces notaires royaux ou seigneuriaux. Ces actes sont souvent riches : on y découvre les dots, les témoins, les signatures parfois même les liens entre familles voisines.

La justice de châtellenie, elle, rendait des décisions locales : conflits de bornage, héritages, dettes ou infractions mineures. Les « ordres de comparution » ou « baux à ferme » retrouvés pour Chatte entre 1700 et 1710 montrent une vie juridique animée, reflet d’une petite communauté bien organisée.


🧬 Mes ancêtres à Chatte en 1702

C’est dans ce contexte que mes ancêtres se sont unis en 1702 à l’église Saint-Vincent de Chatte.
Leur mariage, inscrit dans les registres paroissiaux, est un jalon précieux : il marque la rencontre de deux lignées locales, probablement issues de familles de laboureurs ou de vignerons tenanciers de terres seigneuriales.

En relisant les registres, je peux presque entendre les cloches sonner au-dessus du bourg, voir les mariés entourés de leurs proches, tous vêtus sobrement, signant de croix tremblantes sur le parchemin du curé.
À travers cet acte, j’entre dans un monde régi par la coutume du Dauphiné, par la foi et par la hiérarchie rurale. Ce mariage n’est pas seulement un événement familial ; il est aussi un fragment de la vie de la communauté tout entière.


🕍 Le patrimoine et son évolution

Le château féodal de Chatte, centre de la seigneurie, dominait toujours la vallée à cette époque.
La Révolution, près d’un siècle plus tard, mettra fin à ce régime : les droits féodaux seront abolis, les biens seigneuriaux vendus comme biens nationaux.
Mais déjà, à la fin du XVIIIᵉ siècle, une autre transformation s’amorçait : La Galicière, une usine de moulinage de soie, s’installe sur la commune. Ce sera le début d’une nouvelle ère, industrielle et ouvrière, qui donnera à Chatte son visage du XIXᵉ siècle.

Pour moi, cette évolution raconte aussi celle de mes aïeux : de paysans dépendants du seigneur à ouvriers ou cultivateurs libres, puis à artisans et citadins. Chaque époque a laissé son empreinte sur leurs vies et sur la mienne, à travers leur mémoire.

Ce 20 octobre 1702 sur la commune de Chatte se sont mariés Honnête Benoît SOLIER/SOULIER et Honnête Jeanne JULLIN.

🕯️ Le sens social du mot « honnête » vers 1700

En 1702, le terme « honnête » ne désigne pas seulement la probité morale (comme aujourd’hui : être une personne honnête = ne pas mentir).
Il a une valeur sociale, hiérarchique et morale beaucoup plus large.

On parle d’un « homme honnête » pour désigner un individu respectable, de bonne réputation, de condition aisée et conduite honorable, mais non noble.
C’est un mot de classe sociale intermédiaire, souvent employé pour les bourgeois, notaires, marchands, laboureurs aisés, voire artisans établis.

👉 Autrement dit, un homme honnête n’est pas forcément riche ni érudit, mais il vit selon les convenances, est pieux, tient parole, et n’est ni marginal ni pauvre.
L’honnêteté est une marque de bonne renommée au sein de la communauté.

Ce 23 février 1705 sur la commune de Chatte se sont mariés Laurens NUBLAT et Claudine MORTANE.

Jeanne BOSSAN GIRONDE inhumée le 14 décembre 1706 à Chatte (Isère)

Je retrouve également le père de Jeanne, Sieur Charles JULLIN inhumé au sein de l’église paroissiale Saint Vincent de Chaste, âgé d’environ 75 ans.

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Questions fréquemment posées

Est-il possible de remonter une branche quand on ne connaît pas le père biologique d'un enfant naturel ?
Deux cas de figure : la mère a pu laisser des indices à l’hôpital (Hôtel Dieu de Lyon par exemple) le père biologique a pu être présent pour la naissance ou le baptême de l’enfant… Ou malheureusement parfois, le secret fut bien gardé et aucun indice divulgué…
Je suis bloqué dans mes recherches, il y'a des lacunes dans les archives y'a t'il un moyen de remonter malgré tout ?
Les archives paroissiales celles de l’ancien régime effectivement peuvent être lacunaires, en effet il est possible de remonter la piste de ses ancêtres par le biais d’autres archives (actes notariés, travaux d’historien, presse ancienne etc …)
Peut-on retrouver des documents particuliers sur des ancêtres femmes ?
Vous pouvez en effet retrouver dans certaines archives, leur certificat d’études, leur permis de conduire, leur passeport, carte de résistance etc …
Puis je espérer remonter ma lignée d'ancêtres jusqu'à charlemagne ?
La réponse est non de manière certifiée par les actes c’est impossible en revanche par les travaux des historiens concernant les recherches effectuées à travers les siècles passés, il est possible que grâce à ces travaux vous remontiez à Charlemagne mais c’est loin d’être une évidence.
Est-il vrai que nous avons tous des ancêtres nobles ou des branches nobles?
Question très fréquente en généalogie, en réalité bon nombre de personnes ont des ancêtres nobles malheureusement à cause des lacunes dans les archives il est très compliqué d’en retrouver cependant c’est souvent grâce à une ancêtre que l’on retrouve une branche noble appelée aussi sang bleu.
Comment retrouver le passé et l'histoire militaire de mon ancêtre ?

Première chose à faire, rechercher son matricule militaire, ensuite pour approfondir la carrière militaire de votre ancêtre, confiez vos recherches généalogiques à l’étude Duchamp GeneaServices.

Quelle est la différence entre une lignée agnatique et une lignée cognatique ?
Une lignée agnatique cela signifie qu’on s’intéresse à la lignée des hommes d’un individu, c’est-à-dire le père, puis le grand-père, puis l’arrière-grand-père, etc. (dans les ascendants) ou le fils, puis le petit-fils, puis l’arrière-petit-fils, etc. (dans les descendants). La lignée cognatique c’est le contraire c’est uniquement par les femmes.
est il possible de découvrir une affaire criminelle dans sa généalogie ?
La réponse est oui grâce aux articles de la presse ancienne notamment la BNF, Gallica, et bien sûr grâce à la série U des archives, il est possible de retrouver un jugement criminel concernant votre ancêtre qu’il soit victime d’un crime ou coupable.
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